11.07.2008
Bonnes vacances !
Il y aurait encore beaucoup à dire sur les derniers événements de l'actualité (reconquête du mois de juin, 13 500 suppressions de postes, les résultats définitifs du baccalauréat, etc.). Tout ceci attendra un peu, le temps de quelques vacances...
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20.06.2008
Le baccalauréat a-t-il encore un sens ?
Cette semaine, c’est quelque 615 625[1] candidats qui subissent les épreuves du baccalauréat. On sait l’attachement des Français à cet examen censé incarner la méritocratie et l’égalité républicaine. Toute révision de ce monument historique s’avère donc délicate à entreprendre, comme l’a illustré la tentative avortée de l’ancien Ministre de l’Education nationale, François Fillon en 2005. Cet examen devrait pourtant être revu. Plusieurs raisons peuvent être invoquées.
L’année scolaire est amputée d’au moins un mois. Dès la fin mai, des professeurs sont requis pour faire passer des épreuves, et ne peuvent plus assurer leurs cours. Par la suite, 3 887 lycées se transforment en centres d’examen. Les élèves de Seconde de ces lycées vont bénéficier de trois mois de vacances puisque, pour eux, l’année scolaire s’est achevée début juin au lieu de début juillet. Tant mieux pour eux, mais on peut mesurer tout ce que ces élèves pourront avoir « oublié » à l’issue de cette période…
La tenue du baccalauréat est de plus en plus complexe : cette année, 4 874 sujets ont été prévus. 4 millions de copies seront corrigées par 149 423 professeurs, sans parler des épreuves orales dont le nombre avoisine le million. C’est une machine colossale qui chaque année se met en branle ! S’il faut saluer les prouesses d’organisation que ce cérémonial requiert, il faut aussi souligner un coût qui n’en est pas moins colossal : de l’ordre de 40 millions d’euros !
Ceci a-t-il encore un sens ? Assurément, depuis la suppression du service national, le baccalauréat demeure le dernier rite de passage obligé pour presque tous et marque la fin de l’adolescence. Représente-t-il d’ailleurs autre chose, quand près de 80 % des candidats le décrocheront et même 95 % si l’on tient compte des candidats reçus à l’issue de leur seconde tentative ? Comment interpréter ce taux de réussite quand on le rapporte à celui de la première année universitaire qui, lui, atteint péniblement les 50 % parfois ? C’est bien évidemment la qualité et la pertinence du diplôme, comme celle de la formation dispensée au lycée et le mode d’orientation à l’Université qui sont en cause.
Une partie du problème réside dans l’ambiguïté de la signification du baccalauréat : il sanctionne à la fois la fin des études secondaires et constitue le viatique pour l’Université. Entre les deux, il faut trancher. Si le baccalauréat est un examen de fin d’étude, alors sa mise en place peut être simplifiée en se contentant, comme le proposait François Fillon, de quelques épreuves terminales dans les matières dominantes de la série du baccalauréat, le reste des épreuves relevant d’un contrôle continu. On objectera que ce contrôle continu induira des inégalités entre les établissements, ce qui est fondé. Cependant, avec ou sans contrôle continu, ces inégalités existent déjà : il suffit d’égrener les taux de réussite des différents lycées pour s’en persuader. De plus, mettre en place ce contrôle continu, en clarifiant les compétences, les savoirs et savoir-faire attendus, devrait limiter les risques de distorsion. L’instauration de partiels propres à chaque établissement pourrait aussi être explorée. Si le contrôle continu fait peur, alors c’est tout le système d’évaluation de l’Ecole qui doit faire peur, car sur quoi se basent les conseils de classe sinon sur du contrôle continu ?
Enfin, si le baccalauréat relève plus de l’Université que du Lycée, alors ne devrait-il pas se rapprocher davantage d’un concours d’entrée que d’un examen ? Finissons-en avec cette hypocrisie qui consiste à laisser croire que tout bachelier peut s’inscrire et a les moyens de suivre dans n’importe quelle filière universitaire, et qu’il n’y a pas de sélection à l’Université ! Encore une fois, regardons les taux de réussite en première année et les taux d’accès au deuxième cycle universitaire ! Les universités ne devraient-elles pas avoir leur mot à dire sur le recrutement de leurs futurs étudiants ? Tel pourrait être le cas en instaurant un concours ou un examen d’entrée commun aux universités, par grandes filières, à l’image des concours communs de certaines écoles d’ingénieurs. Dans le cas particulier des études médicales et de pharmacie, cela permettrait, par exemple, à des étudiants d’économiser deux années et à la première année d’étude de redevenir une année de formation plutôt que de sélection.
Quelle que soit l’option retenue, il demeure que le baccalauréat ne peut plus se poursuivre en l’état : d’une part, parce que le détenir ne signifie plus grand-chose (le sociologue François Dubet compare ce diplôme à de la monnaie de singe : si vous ne l’avez pas, vous êtes pauvre, et si vous l’avez, vous ne pouvez rien acheter avec) et d’autre part, parce que son coût en moyens humains et financiers ne se justifie plus. Au-delà du baccalauréat, c’est la question de l’articulation entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur qui est posée. C’est aussi celle du choix et de la responsabilité politique dans un contexte de compétition internationale qui exige un enseignement supérieur efficace et de qualité.
11:36 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, examen, bac, baccalauréat, lycée, lycéen, enseignement supérieur
03.06.2008
Hypocrisie scolaire
A l’heure des conseils de classe de fin d’année, la pertinence du redoublement (pardon, du " maintien ", pour employer un langage politiquement correct) est à nouveau posée.
Un seul cas de redoublement sur cinq se révèlerait efficace. Dès lors, pourquoi persévérer à le pratiquer ? D’autant plus que cela coûte cher (plus de 8800 euros par élève et par an). Or, en ces temps de disette budgétaire, l’argument fait mouche.
En toute logique, l’inefficacité du redoublement devrait donc déboucher sur la mise en place d’un autre dispositif apportant une réponse aux élèves n’ayant pas acquis le socle nécessaire à la poursuite de leurs études. Or, il n’en est rien ! En dehors d’initiatives locales, l’Education nationale répond par la négation du problème. Le redoublement, un problème ? Supprimons-le ! Ainsi, plus de problème…
C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, les conseils de classe sont très fortement encadrés par la statistique qui limitera de facto le taux de redoublement. De toute façon, on vous dit que cela ne marche pas. Alors… Et le passage d’élèves qui n’ont pas les bases nécessaires, cela marche-t-il ?
Au bal des hypocrites, l’Education nationale n’est pas la dernière invitée ! Le phénomène de " passage automatique ou à l’ancienneté " est d’ailleurs bien connu des professeurs de collège mais un peu moins des parents. Car, à qui le redoublement sera-t-il proposé ? A des élèves qui ont globalement joué le jeu, qui connaissent des difficultés de compréhension et de méthodes, et pour qui le rythme de la classe aura été un peu trop rapide. Traduction chiffrée : ils n’ont pas moins de huit de moyenne. En deçà de huit, proposer le redoublement ne servira pratiquement à rien. C’est ainsi que des enfants passeront de la sixième à la troisième avec quatre de moyenne, puis là, seront éjectés. Le drame étant qu’aucune alternative n’existe à ce jour.
Cette situation résulte notamment d’un défaut de pilotage et de volonté politiques. Assurément, le système éducatif a été massifié. Mais démocratisé, sûrement pas ! Quelles politiques furent mises en place pour répondre à la diversité des individus, de leurs aptitudes et de leurs rythmes d’apprentissage ? Toujours plus de moyens, toujours plus de soutien dans un cadre toujours uniforme, puisque l’égalité des chances aura été finalement interprétée par l’uniformité. Le pêché politique originel n’a-t-il pas été de bâtir l’école obligatoire, particulièrement le collège, comme une généralisation du " petit lycée " à toute une classe d’âge, alors que celui-ci n’était conçu que pour une fraction de cette classe d’âge, sélectionnée pour cela et en fonction de cela ? Sans rien modifier des pratiques sur le fond, sans effectivement former les maîtres, sans prendre appui sur un corps d’inspection conçu et utilisé comme la courroie de transmission d’une politique nationale, comment pouvait-on raisonnablement espérer que cela fonctionnerait ? Au mieux, ce fut une faute, au pire, une hypocrisie politique !
Rien d’étonnant donc à ce que, en lieu et place d’une politique éducative de qualité, se soit mise progressivement en place une politique quantitative, c’est-à-dire basée sur la gestion des flux des élèves et non plus sur la qualité ni l’efficacité de l’enseignement dispensé. Antoine PROST a raison lorsqu’il parle d’ " un Munich pédagogique " (cf. précédente note)! Sans une volonté politique forte de changer le cours des choses, sans prise de conscience rapide, alors, ce sera la débâcle. Tous les ingrédients ne sont-ils pas déjà réunis ?
12:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : redoublement, orientation, conseil de classe, collège


