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19.04.2008
Quand l’Ecole illustre à ses dépens les travers de la démocratie française
La situation à laquelle nous assistons en ce moment à propos des suppressions de postes dans l’Education nationale est une illustration parfaite de la stérilité de la pensée binaire et de la domination de l’émotionnel et du sensationnel sur la réflexion de fond. Pis ! Pour avoir privilégié la rapidité de l’action, la communication et l’absence d’un long et nécessaire dialogue avec les organisations syndicales, l’actuel gouvernement contribue encore un peu plus à l’abaissement de l’action politique, à l’immobilisme et à la crispation dans l’Education nationale.
Quels sont les termes du « débat » ? Economies d’un côté, au nom d’un nécessaire ajustement budgétaire, d’une baisse du nombre d’élèves et du fameux « travailler plus pour gagner plus », ce qui se traduit par la conversion d’un certain nombre de postes de professeurs en heures supplémentaires. De l’autre côté, revendication du maintien des moyens, dénonciation d’une rentrée scolaire qui, en l’état, ne pourra se faire correctement (ce que toute la hiérarchie de l’Education nationale sait), la quantité d’heures supplémentaires à répartir dans certaines disciplines étant telle que certaines heures ne pourront pas trouver preneur.
Le drame de la situation présente se noue dans le fait que les deux parties en présence ont toutes deux raison, du moins partiellement et chacune dans leur logique. Hélas, ces deux logiques ne sont pas conciliables en l’état, d’où l’affrontement qui en résulte et qui ne pourra se solder que par la victoire de l’une sur l’autre. L’opinion publique en est réduite, par médias interposés (et c’est là qu’interviennent l’émotionnel et le sensationnel dans la présentation des faits), à « compter les points » et à attendre patiemment que le ministre impose ses vues ou que les lycéens fassent plier le ministre (car, hélas encore, il y a bien longtemps que les professeurs ne sont plus écoutés) à moins que l’affrontement ne finisse par franchement dégénérer…
Beau gâchis en vérité ! Pourtant, une voie n’a été que trop rarement explorée : c’est celle de la concertation, de l’explication et du temps qu’on se donne pour atteindre son but. Reconnaissons-le, que la question des moyens et de leur efficacité soit posée est légitime ! Encore faut-il qu’elle donne lieu à une réflexion politique sur la meilleure utilisation possible de ces moyens, et donc, qu’elle débouche sur une réforme ayant à l’esprit à la fois la contrainte budgétaire mais aussi la qualité de l’Ecole.
Cela suppose un long débat parlementaire, un dialogue (et pas seulement une information) et une écoute réciproque entre le ministre et les diverses organisations syndicales parce qu’elles sont la voix du terrain, même si (troisième hélas), ce dialogue en France est délicat tant les centrales syndicales entre-elles jouent la surenchère. Bien sûr, il serait naïf de croire que tout dialogue débouchera sur un consensus. Le but n’est pas de renoncer à ses convictions mais de permettre à chacun d’exposer ses vues et de faire progresser une politique dans l’intérêt du plus grand nombre. En dernier ressort, et c’est là son rôle et sa légitimité, au politique de trancher. Nous sommes convaincus qu’il est plus productif d’associer les gens à la mise en place d’une politique plutôt que de vouloir l’imposer par oukase.
Le corollaire de cette pratique politique serait de pouvoir s’appuyer sur des médias qui, au sens étymologique du terme, joueraient les intermédiaires entre les acteurs concernés et le reste de la population, et poseraient les termes du débat sans monter les personnes les unes contre les autres. Sans médias pédagogues, comme l’a justement souligné Michel ROCARD, une réforme, pour aboutir, doit se réaliser dans le secret, sous peine d’être diffusée en termes simplificateurs voire racoleurs, et donc de virer à la querelle passionnelle, germes d’échec.
Enfin, le temps doit redevenir un acteur politique, c’est-à-dire qu’il faut accorder aux politiques, et donc à leurs initiateurs, le temps de se mettre en place et le temps nécessaire pour qu’elles donnent des résultats. Or, en abusant de la communication tous azimuts et en accentuant le culte du résultat immédiat, ce besoin vital de respiration politique ne peut être satisfait.
On le voit, la « querelle » actuelle de l’Ecole dépasse de beaucoup le seul cadre scolaire. Derrière elle se profile le choix des pratiques démocratiques dont nous voulons nous doter pour faire face aux sujets politiques sensibles qui appellent d’urgentes et, pour beaucoup, douloureuses réponses pour les avoir trop longtemps différées.
17:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : école, lycéens, suppressions, postes



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